Capter et stocker l'eau en permaculture

Rédaction Atmosvert

La permaculture vise à créer un écosystème durable - «culture permanente» - et être le moins dépendant possible de ressources extérieures. Ce principe s’applique à l’eau, rare et précieuse, dont la bonne gestion est la clé de voûte de tout projet permacole, du jardin familial à l’exploitation maraîchère ou artisanale. 

Capter et stocker l’eau en permaculture est donc essentiel et doit faire l’objet d’une réflexion, pour installer les dispositifs qui conviennent le plus à votre terrain et vos besoins. 

L’eau, une ressource précieuse

L’eau est indispensable à la vie, sous toutes ses formes. Elle l’est de fait tout autant en permaculture. En effet, elle permet de :

  • pourvoir aux besoins des cultures, et également des animaux ;

  • de produire, dans le cas de cultures en aquaponie ;

  • d’attirer et héberger des auxiliaires, par la création d’une mare, par  exemple ;

  • de créer des microclimats ;

  • si on voit au-delà du jardin, de combler nos propres besoins domestiques.

L’eau, en permaculture, est considérée comme un flux énergétique qu’il convient de capter, stocker, et gérer de façon à répondre aux besoins de votre lieu.

Voilà pourquoi il est essentiel d’aborder ce point lors de l’élaboration de votre design. Voici quelques pistes de réflexion.

  • Quelles ressources avez-vous à votre disposition ? Une rivière traverse-t-elle votre terrain ? Y a-t-il un puit ?

  • Votre terrain est-il en pente ?

  • Où se déversent les gouttières ? Pourriez-vous installer un système de récupération à ces endroits ?

  • Quels moyens pourriez-vous mettre en œuvre pour capter l’eau douce ?

  • Comment la stocker et la redistribuer de façon optimale ?

Face au réchauffement climatique et aux sécheresses répétées, stocker l’eau est indispensable et représente un défi pour l’agriculture. Découvrez quelques moyens pour capter et garder au maximum l’eau sur votre lieu.


Les techniques pour capter et stocker l’eau en permaculture

  1. Récupérer l’eau de pluie

L’eau de pluie est une ressource renouvelable et gratuite. En effet, hormis l’investissement de départ pour installer des dispositifs de récupération et de stockage dans de bonnes conditions, elle ne vous coûtera rien !


Il vous suffit pour cela de capter l’eau des toitures : maison, garage, cabanon, dépendance… tout type de toiture sauf celle contenant de l’amiante (fibrociment). L’eau se déverse via les gouttières dans un récupérateur. Ce dernier peut-être externe ou enterré. Vous en trouverez de toutes sortes dans les commerces, ou vous pouvez, comme nous, récupérer des cuves à vin, opaques et peu chères !


mare-pour-stocker-eau-de-pluie

Comment connaître le volume d’eau de pluie que vous pouvez collecter ?

Un petit calcul : S x P x C.

  • S : la mesure de la surface de captage, qui correspond à la surface du bâtiment sous le toit, peu importe la pente de ce dernier.

  • P : la pluviométrie annuelle de votre région. Vous pouvez la connaître en renseignant votre code postal sur la page dédiée du site de meteofrance. Pour information, la moyenne en France métropolitaine est de 700 mm, soit 700 L d’eau /m2.

  • C : le cœfficient de perte. Il est de 0.9 pour des tuiles, 0.8 pour une toiture ondulée et 0.6 pour un toit plat.

Multipliez ces 3 éléments et vous obtiendrez le volume d’eau de pluie que vous pouvez récupérer par an.

À titre d’exemple, une maison d’une surface de captage de 120 m2, située à Saint-Quentin, avec un toit en tuiles, peut récolter 75 816 litres d’eau chaque année ! Il serait dommage de s’en priver, non ?

À noter : la législation française impose des limites à l’utilisation de l’eau de pluie collectée. Elle ne doit être utilisée que pour le lavage des surfaces intérieures, les toilettes et les usages domestiques extérieurs. Si les eaux pluviales sont renvoyées vers les égoûts, vous devez en faire la déclaration auprès de la mairie de votre commune et vous devrez vous acquitter d’une taxe d’assainissement

2. Profiter des ressources disponibles

Si un ruisseau traverse votre terrain, réfléchissez à un moyen de collecter l’eau, voire de créer un bassin de rétention pour les périodes sèches.

Une source souterraine traverse peut-être votre lieu. Pourquoi ne pas faire appel à un sourcier ? Une bonne surprise vous attend peut-être et vous pourriez alors forer un puit pour en bénéficier.

3. Prévoir des aménagements sur son terrain

Vous pouvez, grâce à quelques aménagements, tirer le meilleur parti de votre terrain afin de collecter et redistribuer l’eau de manière optimale.

  • Sur un terrain en pente, créer des baissières, c’est-à-dire des buttes qui freinent l’eau dans sa course, lui permettent de s’infiltrer dans votre sol au lieu de sortir de votre site.

  • Aménager une mare peut vous permettre de récupérer l’eau à plus grande échelle. Il suffit d’un trou, avec un liner et un biofiltre, dans lequel vous amenez les eaux des surfaces de captage. Installez-la sur le point le plus haut de votre terrain, de façon à faciliter par la suite l’acheminement de l’eau par gravité.

  • Si l’eau ruisselle sur votre terrain en pente, vous pouvez au contraire l’installer en bas pour qu'elle s'y déverse naturellement.

Conseils pour limiter les besoins en arrosage et maintenir l’eau sur son lieu

S’il est primordial de capter l’eau sur votre lieu pour subvenir aux besoins de votre écosystème, il est tout aussi essentiel de la garder et de l’économiser. Quelques techniques permettent ainsi de limiter les besoins en arrosage.

  • Paillez ! Le mulch, quelle que soit sa nature, est une technique indispensable en permaculture. Outre ses nombreuses fonctions, il permet de conserver au mieux l'humidité dans le sol en limitant l’évaporation de l’eau.

  • Enrichissez la terre, de façon à ce qu’elle retienne au mieux l’eau. Apporter de la matière organique, agrader le sol et l’améliorer en fonction de sa nature peut l’aider à conserver l’eau et limite le phénomène de lessivage.

  • Plantez des arbres ! Il permettent de créer des « climax », préservent le sol de l’érosion et du lessivage, en limitant le ruissellement. Les arbres captent l’eau en profondeur et la redistribue aux cultures voisines. De plus, une fois passées les premières années, l’arbre n’a plus besoin d’être arrosé. Voilà pourquoi l’agroforesterie, et le jardin-forêt en particulier, sont de bien meilleurs options que les monocultures intensives si souvent rencontrées de nos jours. Bien sûr, le choix des espèces d’arbres devra être fait avec soin, en fonction du climat de votre région et de la nature de votre sol.

  • N’oubliez pas, dans votre design, les effets du vent sur votre lieu. On sous-estime bien souvent son effet asséchant sur les végétaux. L’eau pompée par les racines est alors davantage utilisée pour permettre la circulation de la sève que pour la photosynthèse, ralentissant le développement de la plante. Aménager des haies fruitières ou brise-vent permet de créer des microclimats et de protéger vos cultures.

Vous connaissez dorénavant les différentes façons de collecter l’eau sur votre lieu, mais aussi d’économiser et réduire les besoins de votre écosystème.  L’objectif en permaculture est de créer un lieu durable et résilient, le plus autonome possible, et cette ressource, certes renouvelable, mais si précieuse, n’y fait pas exception !