La culture des champignons en jardin-forêt

Rédaction Atmosvert

Dans la nature, les champignons poussent naturellement en forêt, en particulier les espèces mycorhiziennes, associées aux arbres et aux arbustes, et les décomposeurs, ou saprophytes, qui s’occupent principalement du bois.

Protéinés, riches en minéraux - potassium, magnésium, manganèse, zinc, sélénium - et en vitamine D, ils peuvent s’offrir une place de choix dans votre forêt comestible. Vous pouvez pour cela tenter de reproduire le biotope des champignons que vous visez, mais sans garantie de résultat...

Il existe pourtant d’autres techniques permettant la culture des champignons en jardin-forêt, bien plus efficaces !

Quels champignons peut-on cultiver en jardin-forêt ?

Il existe 3 groupes de champignons : mycorhiziens, saprophytes et parasites. Chacun de ces groupes comporte des espèces toxiques et comestibles.

  • Les champignons mycorhiziens, ou symbiotiques, forment des réseaux souterrains en symbiose avec les racines d’arbres et d’arbustes. On les rencontre souvent en forêt : bolets, girolles, ou encore truffes sont des espèces mycorhiziennes. Les champignons apportent eau et minéraux aux végétaux et reçoivent en retour sucres et autres éléments qu’il ne savent synthétiser par eux-mêmes.

  • Les champignons saprophytes sont des décomposeurs de matières organiques : parties mortes d’un animal ou d’un végétal, ou ces mêmes produits déjà en cours de décomposition par d’autres micro-organismes. On retrouve dans ce groupe :

  • les lignicoles, qui se nourrissent de lignines, et se développent sur des souches par exemple, comme les pleurotes en huitre ;

  • les terricoles, qui s’occupent de matière organiques déjà un peu dégradées, comme copeaux de bois, comme le strophaire roi.

  • Les champignons parasites, dépendent eux d’autres organismes pour survivre. Contrairement aux symbiotiques, cette association est à sens unique et ne sert que le parasite. Il s’attaquent souvent à des végétaux déjà affaiblis ou âgés.

Ces différents types de champignons comportent donc tous des espèces comestibles, dont la culture diffère d’un type à un autre.

Les champignons les plus cultivés sont les nombreuses variétés de pleurotes (en huitre, jaune…), les champignons de Paris (Agaricus bisporis), les stophaires (comme le Stropharia rugosoannulata) ou encore le shiitake.

Comment cultiver des champignons en pratique ?

Pour cultiver des champignons, il faut comprendre leur cycle de vie. Les champignons se multiplient en produisant des millions de spores, qui, une fois posés dans un milieu favorable, germent et ramifient pour se transformer en mycélium.

Lorsque deux mycéliums compatibles sexuellement se rencontrent, ils fusionnent et forment un mycélium secondaire capable de produire des fructifications. 

Découvrons comment favoriser cette dernière en fonction des espèces.

Les champignons mycorhiziens, ou symbiotiques

Ils vivent en symbiose avec la plupart des arbres ou arbustes. Ces associations constituent un « échange de bons procédés », comme dans les guildes végétales. De nombreuses plantes doivent même leur développement à la présence de ces mycorhizes.

En effet, ces derniers améliorent l’absorption de certains minéraux par les plantes, qui en retour leur fournissent des sucres.

Comment favoriser ces associations mycorhiziennes ?

Elles apparaissent naturellement, au fil du temps. Leurs spores circulent dans l’air, en particulier durant l’automne. Pour provoquer leur apparition, différents moyens existent :

  • installer de jeunes plants d’arbres ou d’arbustes à proximité des racines d’un sujet plus âgé produisant des champignons, avant de les transplanter quelques années plus tard à l’endroit souhaité pour la culture ;

  • arroser des plants à l’aide d’une solution contenant des spores d’une ou plusieurs espèces mycorhiziennes (achetées dans le commerce ou produites en mixant des chapeaux mûrs. Comptez 4 à 5 chapeaux pour 5 L d’eau). Vous pouvez aussi tremper les racines des arbres dans cette solution avant de les planter.

Attention, la manipulation des spores est délicate et la réussite de la culture reste très aléatoire, le taux d’échec est en réalité important.

Quels champignons comestibles mycorhiziens peuvent être cultivés ?

  • Cèpe d’été (Boletus aestivalis), cèpe bronzé (Boletus aereus) : près des hêtres et des chênes.

  • Bolet royal (Boletus regius) : près des chênes, tilleuls, bouleau.

  • Girolle (Cantharellus cibarius) : près des caducs comme le chêne et des conifères comme le pin Douglas...

Cultiver des champignons saprophytes


La culture de ces champignons se fait sur rondins, troncs morts, paille ou encore sur un substrat.

Sur troncs/souches

Si vous laissez des souches sur votre lieu - rappelons qu’elles constituent des abris pour certains auxiliaires du jardin - vous pouvez leur inoculer des champignons vigoureux, vous permettant ainsi d’en faire la culture, mais aussi d'empêcher que ce bois mort ne soit colonisé par des champignons parasites invasifs et nocifs, comme les armillaires.

Pour cela, procédez au printemps sur les souches d’arbres coupés en fin d’hiver ou au début du printemps. Agissez peu de temps après la coupe (sinon vous prenez le risque qu’elles soient déjà colonisées). Percez des trous et placez-y des bouchons colonisés par du mycélium.

Les pleurotes se prêtent parfaitement à ce type de culture. Pour certaines variétés, comme le pleurote en huître, la fructification aura plus de chance d'apparaître après un coup de froid, à la fin de la croissance mycélienne. Attention, si le mycélium peut se développer dans l’obscurité, la lumière est nécessaire à la fructification.


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Sur rondins

La rapidité de la production dépend du bois utilisé. Les bois tendres, comme le bouleau, permettent une production rapide mais ne dure que 4 à 5 ans, alors que le chêne mettra 2 ans avant de produire mais durera une dizaine d’années.

Les rondins doivent être placés au frais et à l’humidité, et éloignés du sol. L’inoculation doit avoir lieu dans les deux mois qui suivent la coupe, à l’aide de chevilles en bois inoculées dans des trous percés tous les 10 à 15 cm.

Quels champignons se prêtent à la culture sur rondins ?

  • Pleurotes de l’érable (Pleurotus cystidiosus) ;

  • Plutée en parasol (Pluteus petasatus) ;

  • Oreilles de Judas ;

  • Sparassis crépu (Sparassias crispa) ;

  • Shiitake ;

  • Pleurotes jaunes, pleurotes du panicaut, pleurotes en huître…

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Sur un substrat


Il s’agit certainement de la méthode de culture la plus simple !


Au printemps de préférence, dans une zone ombragée de votre jardin, disposez un mélange à 50/50 de sciures et de copeaux de bois inoculés sur le sol.


Au préalable, ce mélange aura été humidifié jusqu’à quasi saturation.


Pour éviter tout risque de compétition avec des champignons sauvages, comptez jusqu’à 1 volume d’inoculum pour 3 volumes de substrat.


Recouvrez d’une toile ou de cartons pendant quelques semaines. Quand un feutrage blanc apparaît, retirez-les et arrosez fréquemment sans détremper pour autant le substrat pour provoquer la fructification.


Les champignons concernés par ce mode de culture sont, entre autres :

  • Pleurote de l’érable (sciure de feuillus), pleurote en huître ;

  • Plutée en parasol (Pluteus petasatus) ;

  • Strophaire roi (Stropharia rugosa annulata) ;

  • Coprin chevelu (Coprinus comatus)...

Sur paille 

La culture peut se faire sur paille également pour les pleurotes jaunes, pleutotes du panicaut ou encore strophaires à anneaux. Vous pouvez utiliser de la paille de blé, de seigle ou d’orge, bio de préférence. Après l’avoir arrosé durant deux jours, inoculez des balles de paille pressées avec du mycélium cultivé sur grains. Ensuite, placez-les dans un endroit chaud et à l’ombre, en contact avec la terre, et maintenez, là aussi, la culture humide.

Prenez garde à la qualité de votre mycélium, il doit être sain : il doit dégager une odeur agréable de sous-bois, ne pas présenter de taches brunes… Évitez de le travailler avec les mains, au risque de le contaminer avec des bactéries indésirables. 

Les limaces constituent un danger pour vos cultures de champignons, dont elles sont très friandes ! Pour éviter les dégâts, n’hésitez pas à recourir à des traitements naturels : les retirer à la main la nuit, ou encore élever des coureurs indiens, ou des poules.


Et vous, avez-vous déjà tenté l’expérience de la culture des champignons ?  Partagez vos réussites (et aussi vos échecs, c'est ainsi qu'on apprend !) en commentaires !